Légine australe

Dissostichus eleginoides


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  • Océan Austral
  • Palangre (en zone profonde)

 


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Dernière mise à jour : juillet 2018

 

La légine australe, également appelée « bar chilien », est un poisson des eaux froides des mers australes. C’est une espèce carnassière qui peut atteindre plus de 2 mètres et peser plus de 80 kg. Elle se reproduit vers l’âge de 6-7 ans pour les mâles (taille moyenne de 56 cm) et 9-10 ans pour les femelles (taille moyenne de 85 cm). Elle peut vivre au-delà de 35 ans. Elle est particulièrement vulnérable à la surexploitation. Elle est pêchée entre 500 et 2 000 mètres de profondeur à la palangre de fond, seule méthode autorisée par l’administration des Taff (Terres australes et antarctiques françaises) dans les deux ZEE (zones économiques exclusives) françaises de Kerguelen et Crozet. En dehors de ces zones, certains pays autorisent la pêche au chalut. 

 

Consommation récente

La pêche et la consommation de ce poisson datent des années 1990. Appréciée pour sa chair blanche et fondante, la légine a suscité un engouement commercial vif qui a entraîné un braconnage important. Sa chair, très grasse, peut être consommée crue sous forme de sushi ou sashimi. Elle est particulièrement appréciée en Asie et aux États-Unis, où elle s’écoule à des prix élevés (90 % des captures françaises sont destinées à l’export). L’activité liée à la pêcherie de légine est la deuxième (en valeur) des pêcheries françaises après celle du thon rouge.

 

Les légines sont congelées à bord des navires de pêche.
Les principaux importateurs de légine sont les pays d’Asie, l’Amérique du Nord et l’Union européenne. Une petite partie de la pêche est vendue sur le marché réunionnais (grande distribution et restaurants). La légine fait l’objet d’un engouement gastronomique mondial assez récent. Son prix élevé lui a valu le surnom « d’or blanc ».

 

Des stocks reconstitués

La légine australe, dont les stocks sont suivis par la CCAMLR (Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique), se trouve dans les eaux des îles subantarctiques (Géorgie du Sud, Kerguelen, Heard et Mc Donald, Crozet, Macquarie, Marion et Prince-Edouard, Falklands) et sur les plateaux continentaux de l’Amérique du Sud (essentiellement à l’intérieur des ZEE du Chili et de l’Argentine). Avec ses ZEE de Kerguelen et Crozet, la France possède les stocks connus les plus importants au monde. Sur les 20 800 tonnes de captures mondiales, la France exploite le quota le plus important avec un tiers des captures réalisées dans ses ZEE.
Les stocks de légine ont été fortement affaiblis suite au braconnage pratiqué entre 1995 et 2003. Les campagnes d’évaluations halieutiques réalisées en 2006, 2010 et 2013 sur le stock de Kerguelen montrent une résistance de la biomasse globale et une bonne dynamique de la part des juvéniles.
L’état de la ressource, bien connu, ne présente pas d’inquiétude et l’exploitation actuelle est jugée durable.

 

La pêche illégale régulée

La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INDNR), pratiquée par des bateaux braconniers, a longtemps constitué une menace importante pour la légine. Entre 1998 et 2002, sur les 240 000 tonnes de légine commercialisées sur les marchés internationaux, seule la moitié était pêchée légalement. Pour lutter contre cette pêche illégale, la France a mis en oeuvre une politique déterminée (patrouilles de surveillance tout au long de l’année, arraisonnements de pêcheurs illégaux) qui a éradiqué la pêche INDNR dans les eaux sous juridiction française (l’Australie a adopté la même politique pour sa ZEE voisine de Heard/McDonald). Une réglementation très stricte de la pêche a été accompagnée de mesures de conservation renforcées depuis 2001.

 

Une pêche encadrée

En France, la gestion de la pêcherie est assurée par l’administration des TAAF, appuyée de son conseiller scientifique le Muséum national d’Histoire naturelle (MnHn). Cette gestion a pour objectif d’assurer une exploitation durable des ressources à travers :

  • des Totaux Admissibles de Captures (TAC) annuels pour chaque ZEE, déclinés en quotas de pêche individuels par navire ;
  • une réglementation rigoureuse et adaptée pour réduire les impacts environnementaux (interdiction du filet maillant et du chalut de fond, limitation des profondeurs pêchées, tailles minimales de captures, limitation des prises accessoires et accidentelles…) ;
  • un contrôle permanent à bord par des contrôleurs de pêche assermentés (pour respect des quotas et de la réglementation) et qui ont également en charge la mise en oeuvre des différents protocoles de suivi scientifique de la pêcherie ;
  • une obligation de débarquement à l’île de La Réunion et un contrôle au débarquement de toutes les captures.

 

Dans le cadre de l’extension en mer de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises en 2016, puis plus récemment à la faveur d’un arrêté de protection autour de cette réserve, la totalité des zones de pêche à la légine situées dans les ZEE de Crozet et Kerguelen sont intégrées à des zones de protection marine, faisant la démonstration que protection de l’environnement et développement durable des activités en mer sont conciliables. Certaines zones dites « de protection renforcée » sont néanmoins interdites à la pêche, du fait des enjeux écologiques majeurs identifiés.

 



À RETENIR

  • En raison de sa forte valeur marchande, la légine a fait l’objet d’une intense activité de pillage par des bateaux pirates dans les zones françaises jusqu’au début des années 2000.
  • La pêche illégale de légine a été éradiquée dans les ZEE françaises et australiennes mais perdure dans les eaux internationales.
  • La consommation de légine provenant de la zone de pêche sous juridiction française ou australienne peut être recommandée.
  • Cinq pêcheries de légine australe sont certifiées MSC : la pêcherie de Kerguelen et de Crozet du SARPC (Syndicat des Armements Réunionnais de Palangriers Congélateurs), la pêcherie de Géorgie du Sud, deux pêcheries australiennes et la pêcherie des Îles Malouines.

À SAVOIR

Oiseaux de mer

La palangre constitue une menace pour les oiseaux marins qui, attirés par les appâts, risquent de se prendre aux hameçons en cours de filage et de mourir noyés. La pêche à la légine a engendré, par le passé, une forte mortalité d’albatros et de pétrels. Ce phénomène a considérablement diminué grâce à la mise en place d’un plan d’action porté par l’administration des TAAF en coopération avec les pêcheurs.

La mise en place de mesures d’effarouchement (lignes de banderoles), de réduction de l’attractivité des navires (réduction des rejets, filage de nuit) et de la dangerosité des lignes (lestage des lignes) permet d’éviter la mortalité d’albatros et de diminuer celle des pétrels. Des fermetures totales de la pêche sont également établies lors des périodes de pics de mortalité. De plus, des mesures sanctionnent les bateaux en cas de fortes prises accidentelles d’oiseaux.

 

Déprédation par les orques et cachalots

Depuis que le chalut a été remplacé par la palangre au début des années 2000, et peut être en lien avec l’arrêt de la pêche INDNR dans les mers australes françaises (la pêche INDNR était responsable d’une forte diminution de la population d’orques), on a noté une recrudescence des orques et des cachalots, qui viennent se nourrir des prises de légines lors des virages de palangre.
Ce phénomène, appelé déprédation, est principalement localisé à Crozet, où les pertes moyennes dues aux orques sont estimées de 30 à 40 % des captures, alors que la légine ne fait normalement pas partie des proies naturelles des orques.
Des mesures sont prises pour réduire cette déprédation dans le cadre de la pêche légale et un programme scientifique spécifique sur cette problématique est en cours.