Thon rouge

Thunnus thynnus


www.guidedesespeces.org/fr/thon-rouge
  • Atlantique Nord (Est et Ouest)
  • Mer Méditerranée
  • Senne
  • Palangre
  • Canne
  • Ligne
  • Cage en mer (grossissement)

 


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Dernière mise à jour : juillet 2018

 

Grand poisson pélagique capable de migrations transatlantiques, le thon rouge est l’un des symboles de la fragilité des ressources marines face à l’impact des activités humaines si celles-ci ne sont pas menées de manière raisonnée. C’est la seule espèce de thon qui peut atteindre des latitudes hautes (du Cap Blanc en Mauritanie aux Lofoten en Norvège) contrairement aux autres espèces de thon qui fréquentent les zones tropicales uniquement. Le thon rouge a en effet la capacité de réguler sa température corporelle, ce qui lui permet de fréquenter des eaux variant de 7 à 25°C entre les différentes zones et profondeurs du globe. Il est cependant très vulnérable en raison de sa plus faible productivité comparée aux thonidés tropicaux et de la facilité avec laquelle il est capturé ; ses concentrations au moment de la reproduction le rendent aisément détectable. Son poids moyen à l’âge adulte est de l’ordre de 400 kg alors qu’il mesure 3 mètres. Il peut atteindre 670 kg et vivre au-delà de 25 ans. Sa maturité sexuelle est atteinte pour le stock Atlantique Est à l’âge de 4 ans, lorsqu’il mesure environ 1,10 mètre et pèse 25 kg. Pour le stock Atlantique Ouest, sa maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 9 ans lorsqu’il mesure 1,90 mètre et pèse 145 kg. Les tailles de captures se situent entre 80 cm et 2 mètres (20 à 160 kg).

 

D’autres espèces de thon rouge sont présentes dans l’océan Pacifique Nord (Thunnus orientalis) et dans le sud des trois océans (Thunnus maccoyi). Ces deux espèces sont à éviter en raison de leur faible biomasse due à une surexploitation. Thunnus maccoyi est évalué « en danger critique d’extinction » par l’UICN ; Thunnus orientalis « vulnérable ».

 

 

De la madrague au senneur industriel

80 % des captures de thon rouge (Thunnus thynnus appelé thon rouge de l’Atlantique) se font en mer Méditerranée. Les engins traditionnels de pêche (madrague, canne, palangre, ligne, filet maillant (thonaille, aujourd’hui interdite) ont été remplacés par une technique plus productive, la senne, qui assure aujourd’hui la grande majorité des captures. Le développement du marché très rémunérateur des sushis et des sashimis au Japon a incité les pêcheurs méditerranéens à investir dans des senneurs de dimensions industrielles. En Méditerranée française et côte basque, il reste une flotille artisanale pêchant le thon rouge à la ligne, à la canne ou à la palangre. Il existe également des pêcheries traditionnelles artisanales nommée « almadraba » en Espagne et « mattanza » en Italie.

 

D’une forte surexploitation au rétablissement du stock

• Le stock de l’Atlantique et de Méditerranée est divisé en deux sous-stocks plus ou moins interdépendants : celui à l’Est et celui à l’Ouest du 45ème méridien. Les zones de ponte se situent en Méditerranée pour le stock Est et dans le golfe du Mexique pour le stock Ouest. La forte valeur marchande de cette espèce (vendu à un record de 100 000 dollars sur le marché japonais en 2013) a entraîné par le passé un fort taux de prises illégales. Le manque de fiabilité des données de captures officielles, les volumes importants de prises non déclarées, le manque de connaissances de certains aspects de la vie du thon rouge et le défaut d’application des règles de gestion pour la durabilité du stock ont contribué à la surpêche et à l’altération du stock Est du thon rouge de l’Atlantique à partir des années 1990.

 Stock Atlantique Est : mise en place de mesures de gestion adaptées. Dans les années 2000, la mortalité par pêche était trois fois supérieure au niveau qui aurait permis d’atteindre un rendement optimal. Le stock était considéré en situation critique et sa capacité de reproduction réduite. En 2008, la pêche illégale a atteint l’équivalent des captures déclarées, soit au total, des prises atteignant deux fois le Total Admissible de Captures (TAC) fixé par la CICTA (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique). Suite à la grande médiatisation de cette situation (notamment par les associations environnementales), et à la décision de certains professionnels de ne plus s’approvisionner en thon rouge, la CICTA décide de prendre des mesures drastiques pour rétablir la situation. En 2009, les TAC sont réduits pour la première fois et les pays pêcheurs se voient imposer des mesures renforcées de contrôle : taille minimale de capture (afin de sauvegarder les juvéniles), observateur embarqué, document de capture, mise en cage filmée, inspecteur en mer. En 2010, la campagne de pêche est réduite à un mois par an (du 15 mai au 15 juin). En 2012, 2014, puis 2017, l’évaluation scientifique du stock d’Atlantique Est met en évidence une amélioration de l’état du stock confirmant l’efficacité des mesures prises. En 2017, l’exploitation du stock suivait les recommandations scientifiques pour atteindre un niveau de biomasse durable en 2020. La biomasse ayant progressivement augmenté depuis 2010, les TAC ont également été réévalués en conséquence à 23 655 tonnes en 2017. Suite à l’amélioration de la situation, les scientifiques proposaient pour 2018 une hausse maximale de 30 % des captures sur 3 ans pour atteindre des TAC de 30 000 tonnes en 2020. La CICTA (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique), réunie en novembre 2017, a cependant décidé de relever les quotas de thon rouge de 50 % sur les trois prochaines années pour atteindre 36 000 tonnes en 2020.

 Stock Atlantique Ouest : faibles captures depuis 1980. Les captures totales pour l’Atlantique Ouest ont atteint un niveau maximum en 1964 (18 700 tonnes), pour chuter graduellement jusqu’à 1 912 tonnes en 2016. Le mélange entre les poissons originaires du stock de l’Atlantique Est et ceux issus du stock de l’Atlantique Ouest est considéré comme un important facteur influençant positivement le rétablissement du stock dans l’Atlantique Ouest. Les scientifiques recommandent pour 2018-2020 un TAC annuel de 2 500 tonnes afin de permettre à la biomasse du stock reproducteur de se maintenir, les gestionnaires ont fixé un TAC de 2 350 tonnes annuelles pour 2018.

 

Sushi, sashimi et carpaccio

Le thon rouge est essentiellement commercialisé frais en tranches sur le marché de détail. Au restaurant, il peut être proposé cru, en carpaccio ou en sushi, sashimi. On le trouve également sous forme surgelée. On peut également le trouver sous forme séchée sur le marché espagnol « mojama » et italien « mosciame ».

 

Les thons rouges de Méditerranée capturés par les thoniers senneurs sont directement transférés en ferme d’embouche afin d’y être engraissés. Ils sont nourris à l’aide de grandes quantités de petits poissons pélagiques tels que les sardinelles, sardines et maquereaux.

 

 

À RETENIR

  • Le stock de thon rouge Thunnus thynnus d’Atlantique et Méditerranée a subi une très forte surexploitation au début des années 90, et ce, pendant plus de 15 ans.
  • La réduction des TAC et les mesures renforcées de contrôle mises en place à partir de 2008 ont permis l’inversion de la courbe de déclin. L’état du stock s’est amélioré progressivement jusqu’en 2017. L’augmentation des TAC de 2018 à 2020 laisse présager un nouveau risque de surexploitation de l’espèce.
  • Les thons rouges pêchés à la senne en Méditerranée sont engraissés en ferme d’embouche avant leur commercialisation (ils sont principalement destinés au marché japonais).
  • Évitez la consommation de thon rouge excepté celui pêché à la canne de plus de 25 kg (taille de maturité sexuelle) qui peut être consommé avec modération.
  • Le stock Ouest de Thunnus thynnus se rétablit progressivement, il est à consommer avec modération.
  • Les autres espèces de thon rouge (Thunnus orientalis du Pacifique et Thunnus maccoyi du sud des trois océans) sont surexploités et leurs achats déconseillés.

À SAVOIR

Nom Latin

Sous l’appellation thon rouge sont vendues illégalement d’autres espèces de thon (comme le thon albacore Thunnus albacares de l’océan Indien ou de l’Atlantique). Vérifiez le nom latin de l’espèce au moment de l’achat.