Légine australe | Guide des espèces

Légine australe

Dissostichus eleginoides


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  • Océan Austral

Hors ZEE France :

  • Casier
  • Chalut de fond et palangre de fond (en zone profonde)

ZEE France

  • Palangre de fond (en zone profonde)
• Aucun élevage

 


Dernière mise à jour : janvier 2022

 

 

BIOLOGIE 

  • FAMILLE : Nototheniidae.
  • TRAITS DISTINCTIFS : Corps fusiforme, de couleur allant du beige au gris, tête large et massive, mâchoire inférieure saillante, lèvre inférieure développée, dents puissantes et pointues.
  • HABITAT : Espèce démersale qui vit près du fond, sur de faibles profondeurs en phase juvénile et jusqu’à plus de 2 000 m au stade adulte.
  • ALIMENTATION : Poissons et céphalopodes. Souvent cannibale.
  • MATURITÉ SEXUELLE : 85 cm (9-10 ans/femelle) ; 56 cm (6-7 ans/mâle).
  • PÉRIODE DE FRAI : De juin à juillet (hiver austral).
  • LONGÉVITÉ : 45 ans.

 

Le légine australe, également appelée « bar chilien », est capable de coloniser les eaux froides de l’océan Austral grâce à la présence de composés antigels, naturellement présents dans son sang. Elle est la proie, à l’état juvénile, de certaines espèces d’oiseaux comme l’albatros à sourcils noirs et le cormoran impérial ; une fois adulte, elle peut être la proie des requins dormeurs et des cachalot.

 

PÊCHE 

La légine australe fréquente les eaux des îles subantarctiques (au sud des océans Atlantique, Indien et Pacifique) et les plateaux continentaux de l’Amérique du Sud.

Cette espèce est exploitée depuis les années 1995. La ressemblance de sa chair avec celle de la morue noire (Anoplopoma fimbria), espèce très prisée des Japonais et dont les stocks se raréfiaient, a suscité un vif engouement commercial. Le prix élevé de la légine a incité un braconnage important : entre 1998 et 2002, sur les 240 000 tonnes de légine commercialisées sur les marchés internationaux, seule la moitié était pêchée légalement. Pour lutter contre cette pêche illégale, la France a mis en œuvre des mesures qui ont permis d’éradiquer la pêche INN (1) dans les eaux sous sa juridiction (l’Australie a adopté la même politique pour sa ZEE (2) voisine de Heard/Mc Donald).

La légine australe est pêchée entre 500 et 2 000 mètres de profondeur : dans les deux ZEE françaises de Kerguelen et Crozet, la palangre de fond est la seule méthode autorisée par l’administration des TAFF (3) - en dehors de ces zones, cette espèce peut également être capturée au chalut de fond ou au casier. Les légines sont congelées et transformées à bord des navires de pêche.

La France exploite le quota le plus important avec un quart des captures réalisées dans ses ZEE. Les armements français sont tous basés à La Réunion.

 

 

 

Le phénomène de déprédation

Un défi important pour la gestion des stocks de légine australe est la déprédation opérée par les orques qui viennent se nourrir des prises de légines lors des virages de palangre. Ce phénomène est principalement localisé à Crozet, où les pertes moyennes dues aux orques sont estimées entre 30 à 40 % des captures, alors que la légine ne fait normalement pas partie des proies naturelles des orques. Des mesures sont prises pour réduire cette déprédation dans le cadre de la pêche légale et un programme scientifique spécifique sur cette problématique est en cours.

 

 

Oiseaux de mer

La palangre constitue une menace pour les oiseaux marins qui, attirés par les appâts, risquent de se prendre aux hameçons en cours de filage et de mourir noyés. La pêche à la légine a engendré, par le passé, une forte mortalité d’albatros et de pétrels. Ce phénomène a considérablement diminué grâce à la mise en place d’un plan d’action porté par l’administration des TAAF en coopération avec les pêcheurs. La mise en place de mesures d’effarouchement (lignes de banderoles), de réduction de l’attractivité des navires (réduction des rejets, filage de nuit) et de la dangerosité des lignes (lestage des lignes) permet d’éviter la mortalité d’albatros et de diminuer celle des pétrels. Des fermetures totales de la pêche sont également établies lors des périodes de pics de mortalité. De plus, des mesures sanctionnent les bateaux en cas de fortes prises accidentelles d’oiseaux.

 

ÉTAT DES STOCKS

 

 

  • Les stocks de légine australe ont été fortement affaiblis à la suite du braconnage pratiqué entre 1995 et 2003. De plus, ses caractéristiques biologiques (fécondité relativement faible, croissance lente et maturité sexuelle tardive) rendent l'espèce très vulnérable à la surpêche. Les stocks de légine sont suivis par la CCAMLR.
  • Avec les ZEE de Kerguelen et Crozet, la France possède les stocks connus les plus importants au monde. Les évaluations scientifiques réalisées en 2019 sur ces stocks montrent une biomasse de reproducteurs en bon état.
  • Les deux stocks australiens (Heard/Mc Donald et Macquarie), le stock de la Géorgie du Sud et celui des îles Falkland (territoires britanniques) sont exploités durablement (dernières évaluations scientifiques en 2017/2018).
  • Les stocks de l’Argentine et du Chili sont surexploités (dernières évaluations scientifiques en 2019). Le stock de la ZEE des îles Marion/Prince-Edward (Afrique du Sud) préoccupe les scientifiques qui supposent une importante pêche INN dans cette zone.

 

GESTION DES STOCKS

La CCAMLR (4) a été établie en 1982 par une convention internationale dans l'objectif de protéger les écosystèmes marins de l’Antarctique et d’encadrer la pêche dans l’océan Austral. Dans les zones de pêche 48, 58 et 88, les TAC (5) sont établis par la CCAMLR et ils suivent les avis scientifiques ; dans les zones non inclues dans la convention, les TAC sont établis par chaque pays concerné.

 

ZEE françaises (Kerguelen et Crozet)

  • La gestion de la pêcherie de légine australe est assurée par l’administration des TAAF, avec l’appui du Muséum national d’Histoire naturelle en tant que conseiller scientifique.

    Un plan de gestion a été mis en place en 2015 et a été renouvelé en 2019, pour une durée de 6 ans. Ce plan a pour objectif d’assurer une exploitation durable des ressources à travers :

    • Des TAC révisés tous les trois ans et déclinés annuellement en quotas de pêches par navire .
    • Une réglementation rigoureuse pour réduire les impacts environnementaux (interdiction du filet maillant et du chalut de fond, limitation des profondeurs pêchées, taille minimale de capture de 60 cm, limitation des prises accessoires et accidentelles…).
    • Un contrôle permanent à bord par des contrôleurs de pêche assermentés et qui ont également en charge la mise en œuvre des différents protocoles de suivi scientifique de la pêcherie.
    • Une obligation de débarquement à l’île de La Réunion et un contrôle au débarquement de toutes les captures.

Dans le cadre de l’extension en mer de la réserve naturelle nationale des TAAF en 2016, puis plus récemment à la faveur d’un arrêté de protection autour de cette réserve, la totalité des zones de pêche à la légine situées dans les ZEE de Crozet et Kerguelen sont intégrées à des zones de protection marine, faisant la démonstration que protection de l’environnement et développement durable des activités en mer sont conciliables. Certaines zones dites « de protection renforcée » sont maintenant interdites à la pêche, du fait des enjeux écologiques majeurs identifiés.

 

Eaux internationales

Les évolutions de la réglementation de la Commission pour  la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) et des organisations régionales de gestion de la pêche (ORGP), ainsi que les actions concertées des Etats et de la coalition des opérateurs COLTO (Coalition of legal toothfish operators) contribuent à lutter contre la pêche illégale et l’écoulement de produits issus de captures illégales en eaux internationales.

 

 

CONSOMMATION 

La légine australe est appréciée pour sa chair blanche, fondante et très grasse qui peut être consommée crue sous forme de sushi ou sashimi. Cette espèce est particulièrement appréciée en Asie et aux États-Unis où elle s’écoule à des prix élevés (90 % des captures françaises sont destinées à l’export ; les quantités restantes sont vendues sur le marché réunionnais - grande distribution et restaurants - et en métropole sous forme de filet surgelé. Son prix élevé lui a valu le surnom « d’or blanc ».

C’est l’un des poissons les plus chers sur le marché international ; son prix de vente a triplé au cours des dix dernières années, même si une baisse est enregistrée en 2018 (17 euros le kilo contre 19 euros en 2017).

 

MSC • Cinq pêcheries sont certifiées (la pêcherie française de Kerguelen et de Crozet du SARPC (6), la pêcherie de Géorgie du Sud, la pêcherie des îles Falkland et deux pêcheries australiennes).

 

 


 

(1) Illicite, non déclarée et non réglementée

(2) Zone économique exclusive

(3) Terres australes et antarctiques françaises

(4) Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique

(5) Total admissible de captures

(6) Syndicat des armements réunionnais palangriers congélateurs
 

ÉLÉMENTS CLÉS

  • La légine australe est une espèce fragile des eaux froides de l’océan Austral.
  • En raison de sa forte valeur marchande, la légine a fait l’objet d’une intense activité de pillage par des bateaux pirates dans les zones françaises jusqu’au début des années 2000.
  • Les seuls stocks exploités durablement sont ceux sous juridictions française et australienne et ceux de la Géorgie du Sud et des îles Falkland.
  • Une importante pêche illégale, non déclarée et non règlementée dans la ZEE des îles Marion/PrinceEdward (Afrique du Sud) est supposée par les scientifiques.

RECOMMANDATIONS D'ACHATS

Cinq pêcheries de légine (Australie, France, Géorgie du Sud, îles Falkland) sont écolabellisées.

 

Privilégiez les grands filets issus d’individus matures (> à 85 cm) ayant eu le temps de se reproduire.

 

Évitez toutes autres origines : stocks surexploités (Argentine et Chili) et risques élevés de pêche illégale (Afrique du Sud).